Chronique Ce tournoi de hockey olympique sera complètement fou!

Un texte de Martin Leclerc

Ce tournoi de hockey olympique sera complètement fou!
Les joueurs slovènes célèbrent un but. (Photo: Harry How/Getty Images)

GANGNEUNG - En l’absence des joueurs de la LNH, le tournoi de hockey masculin des Jeux de Pyeongchang piquait la curiosité des amateurs en raison de son caractère imprévisible. Et dès le premier soir, il est parvenu à capter leur attention.

Le tournoi a connu un début absolument ahurissant mercredi. Les athlètes olympiques de Russie, avec Ilya Kovalchuk et Pavel Datsyuk en tête, se sont fait surprendre au compte de 3-2 par une bande d’inconnus représentant la Slovaquie.

Et pendant ce temps, à l’aréna de l’Université de Kwandong, les États-Unis ont aussi essuyé un revers de 3-2 en prolongation aux mains de la Slovénie, un pays où l’on ne retrouve que 1024 hockeyeurs fédérés et seulement sept arénas.

Les Slovènes sont en train de devenir au hockey ce que les irréductibles Gaulois étaient aux Romains dans les bandes dessinées d’Astérix.

À Sotchi en 2014, alors qu’ils participaient aux Jeux pour la première fois de leur histoire, les Slovènes avaient causé la grande commotion du tour préliminaire en battant la Slovaquie, qui comprenait des vedettes de la LNH comme Zdeno Chara, Marian Hossa et Jaroslav Halak.

Leur seul joueur connu était alors Anze Kopitar (dont le père dirigeait l’équipe) et ces diables de Slovènes étaient parvenus à se rendre jusqu’aux quarts de finale et à terminer 7es.

Tout ça reposant sur un nombre de hockeyeurs qui équivaut à deux ou trois associations de hockey mineur!

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À Pyeongchang, environ 90% des Slovènes qui avaient cassé la baraque à Sotchi sont de retour. Dans l’autobus nous ramenant de la séance d’entraînement des Canadiens en fin d’après-midi, un collègue a failli s’étouffer quand je lui ai mentionné que les Américains allaient en avoir plein les bras et qu’il était possible qu’ils se fassent surprendre contre ce tout petit pays.

La Slovénie est au hockey ce que l’Islande, un pays de 334 000 habitants, est au soccer.

En retard 0-2 après deux périodes et dominés 16-3 au chapitre des chances de marquer, les Slovènes se sont présentés en conquérants en troisième. Des conquérants qui gagnent leur vie dans des amphithéâtres dont les recruteurs de la LNH ne connaissent à peu près pas les adresses, en Hongrie, en Autriche, en France, au Danemark et en Allemagne, entre autres.  

Blaz Gregorc, qui est aussi connu que la quasi-totalité de ses coéquipiers, a d’abord réussi à déjouer l’Américain Ryan Zapolski d’un tir provenant de la droite, du haut du cercle de mise au jeu. Le gardien des États-Unis avait la vue obstruée.

Puis, tout d’un coup, les Jim Slater, Brian Gionta, Mark Arcobello, Matt Giroy et autres Noah Welch, qui ont pourtant tous vécu l’expérience de la LNH, se sont mis à en avoir plein les bras et à ne plus être capables de répondre.

Les Slovènes, qui ont obtenu huit chances de marquer en troisième, ont finalement vu Jan Mursak créer l’égalité 2-2 avec 1min 37s à écouler. Le même Mursak, un ancien espoir des Red Wings de Détroit, a réussi le but de la victoire dès le début de la prolongation.

La compétition ne fait que commencer, me direz-vous. Mais qui aurait pu prévoir que la Slovénie allait un jour devancer les États-Unis et la Russie au classement d’un tournoi de hockey olympique?

Ce tournoi olympique, c’est confirmé, sera complètement fou et extrêmement intéressant.

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Dans le calepin

Face à la Slovaquie, le puissant trio d’Ilya Kovalckuk, Pavel Datsyuk et Sergei Mozyakin (l’un des meilleurs marqueurs de l’histoire de la KHL) a été totalement blanchi. Même s’ils ont pris une avance de 2-0 en première période, les athlètes olympiques de Russie ont été limités à seulement 22 tirs au cours du match et le trio de Datsyuk en a effectué neuf...

À Sotchi, en 2014, le gardien slovaque Jan Laco avait signé une performance d’anthologie pour blanchir l’équipe russe (la vraie, avec Ovechkin, Malkin, Radulov et cie). Peu superstitieux, l’entraîneur de la Slovaquie, Craig Ramsey, a décidé de confier le filet à Branislav Konrad plutôt qu’à Laco pour affronter les athlètes olympiques de Russie. Et Konrad a lui aussi fait le travail...

Les AOR ont décidé de miser sur la complicité et la cohésion lorsqu’ils ont formé leur équipe olympique. Quinze de leurs joueurs proviennent du SKA Saint-Pétersbourg et huit autres portent les couleurs du CSKA Moscou. À leur premier match aux Jeux, ils ont été battus par une équipe de la Slovaquie assemblée à la dernière minute et n’ayant disputé qu’un match préparatoire. Ramsey est accompagné d’un traducteur pour communiquer avec ses joueurs derrière le banc...

On a connu une journée historique en hockey féminin. Les Japonaises ont remporté la toute première victoire de leur programme aux Jeux olympiques. Elles ont vaincu la Corée unifiée 4-1. De leur côté, les Coréennes ont inscrit le premier but de leur histoire. Un moment émouvant que le diffuseur coréen a repassé en boucle durant plusieurs heures...

En début de journée, toujours en hockey féminin, la Suisse a défait la Suède 2-1. L’excellente gardienne Florence Schelling a ainsi signé la neuvième victoire olympique de sa carrière. Selon l'IIHF, celle qui avait été nommée joueuse la plus utile à Sotchi a ainsi surpassé le record de victoires que détenait la gardienne canadienne Kim St-Pierre...

Parlant des Canadiennes, elles bouclent la phase préliminaire mercredi, à 22h10, contre leurs grandes rivales américaines. Les deux formations sont déjà assurées d’une place dans les demi-finales. Ce sera la neuvième fois que les deux meilleures équipes féminines du monde croisent le fer cette saison. Ça risque de se chamailler un peu. Fait à souligner: lors des quatre dernières rencontres opposant ces deux équipes, les États-Unis n’ont marqué qu’un total de trois buts. Ils ont été blanchis une fois et ont été trois fois limités à un seul filet.  

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