Chronique Les Finlandais cherchent des joueuses, le CIO cherche le trouble

Un texte de Martin Leclerc

Les Finlandais cherchent des joueuses, le CIO cherche le trouble
La Finlande affronte le Canada. (Photo: Bruce Bennett/Getty Images)

GANGNEUNG - À son deuxième match du tournoi de hockey olympique de Pyeongchang, l’équipe féminine du Canada a battu celle de la Finlande 4-1 mardi. Entendons-nous sur une chose: il n’y avait aucune surprise dans ce résultat.

Depuis 1998, les Canadiennes et les Finlandaises se sont affrontées six fois aux Jeux et le Canada l’a emporté à chaque occasion, par un score total de 29 à 6. Cela dit, les Finlandaises restent favorites pour décrocher la médaille de bronze.

Les dirigeants de la fédération de hockey de ce pays travaillent fort pour se hisser à un niveau semblable à celui du Canada et des États-Unis.

Pour l’instant, la très nette supériorité des équipes canadienne et américaine en hockey féminin n’est qu’une bête question mathématique. Le Canada (88 000 joueuses) et les États-Unis (76 000 joueuses) comptent chacun plus de cinq fois le nombre total de hockeyeuses qu’on retrouve dans les six autres pays aux Jeux de Pyeongchang.

Les Finlandais sont tout à fait capables de développer des hockeyeurs. Garçons ou filles, il n’y a aucune différence. L’expertise est là. Mais pour aspirer aux grands honneurs, il leur faut approfondir leur bassin d’athlètes.

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«Après les Jeux de Turin en 2006 (qui étaient les troisièmes Jeux à présenter du hockey féminin) nous n’avions que 2300 joueuses de hockey au pays. Aujourd’hui, nous en avons 5200 et nous déployons beaucoup d’efforts pour atteindre la marque de 7000», m’expliquait hier le directeur général de l’équipe nationale finlandaise, Arto Sieppi.

En Finlande, la plupart des jeunes hockeyeuses jouent au sein d’équipes masculines jusqu’à l’âge de 14-15 ans. «Nous tentons de convaincre tous nos clubs de mettre sur pied des équipes spécifiquement féminines et de créer un environnement particulièrement accueillant pour les filles si elles doivent jouer avec des garçons», d’ajouter Sieppi.

À titre comparatif, le hockey féminin québécois a subi une véritable hécatombe cette année. Pas moins de 700 joueuses, plus de 10% de l’effectif, ont tourné le dos au hockey. Il reste maintenant quelque 6000 hockeyeuses au Québec, peut-être un peu moins. Personne ne s’explique pourquoi cet exode s’est produit d’un coup. J’y reviendrai après les Jeux.

Toujours est-il que, pendant que les Canadiennes battaient les Finlandaises mardi à Pyeongchang, les 63 meilleures Finlandaises âgées de 14 à 16 ans étaient réunies en camp d’entraînement et préparaient l’avenir.

«Nous avons d’excellents jeunes talents qui s’en viennent», assure Arto Sieppi.

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Dans le calepin

Le trio composé de Meghan Agosta, Marie-Philip Poulin et Mélodie Daoust est terriblement efficace depuis le début du tournoi olympique. Les trois sont parvenues à secouer les cordages face à la Finlande. Elles ont inscrit cinq des neuf buts de leur équipe lors des deux premiers matchs...

Meghan Agosta a inscrit le 16e but de sa carrière aux Olympiques en ouvrant la marque après seulement 35 secondes de jeu. Il ne lui en manque que deux pour égaler la meilleure marqueuse de l’histoire des Jeux: Hayley Wickenheiser...

En battant respectivement la Finlande et la Russie, les équipes canadienne et américaine se sont assurées d’une place en demi-finale...

Le tournoi masculin se met en branle mercredi. Les États-Unis affronteront la Slovénie et les athlètes olympiques de Russie croiseront le fer avec la Slovaquie. Le Canada jouera contre la Suisse jeudi... Les preneurs aux livres favorisent la Russie pour remporter la médaille d’or du côté masculin. Les Canadiens sont les deuxièmes favoris.

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Le CIO semble parfois maîtriser l’art de créer des problèmes là où il n’y en a pas.

À Pyeongchang, on a passé les dernières 24 heures à débattre d’une question fondamentale: la statue de la Liberté (dont le nom officiel est: «Liberté éclairant le monde) est-elle un symbole de propagande politique?

Parce que les masques des gardiennes américaines Nicole Hensley et Alex Rigsby étaient ornés d’images représentant la statue de la Liberté, le CIO a signifié aux dirigeants de cette équipe que ces masques contrevenaient probablement à la règle 50 (alinéa 2) qui stipule qu’«aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique».

Bannir la statue de la Liberté des Jeux? Le CIO aurait tout aussi bien pu se déclarer contre la maternité et la tarte aux pommes. La raison a heureusement prévalu et Hensley défendait mardi le filet des États-Unis face à la Russie coiffée de son magnifique masque.

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Matt Dalton
Matt Dalton

Le gardien de la Corée Matt Dalton lors d'un match préparatoire contre la Suède (Photo: Ivan Sekretarev/Associated Press)

 

Le gardien de l’équipe masculine de la Corée du Sud, Matt Dalton (il est né au Canada) n’a pas eu la même chance.  

À l’arrière de son masque aux couleurs du drapeau sud-coréen, Dalton avait eu l’idée de faire peindre l’image d’une statue qu’il trouvait magnifique. Or, il ignorait que la statue en question représente l’amiral Yi Sun-shin, qui a marqué l’histoire de la Corée en défaisant les Japonais dans une décisive bataille navale en 1597.

Cette image étant politiquement très chargée, le CIO a interdit à Dalton de porter ce masque durant le tournoi olympique.

Les collègues de NBC rappelaient qu’en 2014 la gardienne américaine Jessie Vetter avait dû retirer de son masque une image de la Constitution américaine. Et en 2010, Ryan Miller avait dû se départir du slogan «Miller time». De son côté, Jonathan Quick avait dû recouvrir le slogan «Soutenons nos troupes» de ruban gommé pour se conformer à la règle.

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