Chronique Du Brésil au Québec, l’histoire d’amour olympique de Jaqueline Mourao et Guido Visser

Un texte de Christine Roger

Du Brésil au Québec, l’histoire d’amour olympique de Jaqueline Mourao et Guido Visser
Jaqueline Mourao et Guido Visser (Photo: Radio-Canada/Christine Roger)

PYEONGCHANG - Quand elle a mis les pieds à l’aéroport de Québec en 2003 pour participer à la Coupe du monde de vélo de montagne, au mont Sainte-Anne, Jaqueline Mourao ne se doutait pas que sa vie venait de changer à tout jamais. Quinze ans plus tard, la Brésilienne habite à Saint-Ferréol-les-Neiges avec son mari, Guido Visser, et leurs deux enfants, et participe aux Jeux olympiques de Pyeongchang... en ski de fond.

Ils se souviennent parfaitement de la première fois qu’ils se sont rencontrés.

Après une crevaison lors des Jeux panaméricains en Colombie, Mourao, qui était alors athlète en vélo de montagne, était dans l’obligation de participer à l’épreuve au mont Sainte-Anne afin de se qualifier pour les Jeux olympiques d’Athènes. Guido Visser avait reçu comme mandat d’aller chercher l’athlète à l’aéroport.

«Dès qu’elle a traversé les portes, j’ai dit : "Il y a un problème." Ce fut un réel coup de foudre», confie-t-il.

Si elle a participé à deux Jeux d’été en vélo de montagne, ceux d’Athènes et de Pékin, c’est peu de temps après son arrivée au Québec qu’elle a été initiée au ski de fond.

«Nous sommes revenus du Brésil à la fin du mois d’avril. Il y avait eu une tempête de neige de 30 centimètres, se souvient Visser. Jaqueline paniquait: "Qu’est-ce que je vais faire? Je ne peux pas m’entraîner!" Je lui ai dit qu’après 10 ans à faire du vélo de montagne 12 mois par année, il était temps qu’elle apprenne un autre sport.»

La première fois, le couple a fait du ski pendant trois heures. Même chose pour la deuxième journée. Puis, le lendemain, ils sont partis pendant six heures. Ça passait ou ça cassait.

«Soit qu’elle allait être brûlée, soit qu’elle allait tomber en amour avec ce sport. Elle m’a finalement dit qu’elle voulait aller aux Jeux olympiques en ski de fond. Je lui ai dit de se calmer, qu’elle allait finir dernière, comme moi», affirme celui qui a effectivement terminé dernier en ski de fond aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998.

Jaqueline a immédiatement contacté la Fédération des sports d’hiver du Brésil afin de connaître la procédure pour se qualifier pour les Jeux olympiques. Nous étions à trois mois des Jeux de Turin en 2006.

«Pendant trois mois, nous avons skié, skié et skié. Guido ne m’a pas poussée. Il m’a encouragée dans cette folie. Il a été là pour moi. Je ne savais même pas comment mettre les skis au début, se remémore-t-elle. Au souper, on pensait et parlait ski. Ç'a commencé de manière très intense.»

Contre toute attente, elle est parvenue à se qualifier pour les JO, ce qui était un exploit en soi. Mais il n’était pas question pour la Brésilienne de s’arrêter là. Il n’était pas question de finir dernière.

«Elle a réussi. Elle a devancé trois skieuses. Elle a fait mieux que moi à sa première course», lâche Guido.

Jaqueline Mourao aux derniers Championnats du monde, en Finlande (Photo: Getty Images/Richard Heathcote)

En faisant du ski de fond, Jaqueline Mourao affirme avoir retrouvé les mêmes sensations qui la font vibrer en vélo de montagne.

«Ce que j’aime du vélo de montagne, c’est d’être dans la nature, de monter, de descendre. Je retrouvais ces mêmes sensations avec le ski de fond et c’est pour ça que je suis tombée en amour avec ce sport», mentionne-t-elle.

La progression de la Brésilienne en ski de fond a été fulgurante. Au départ, elle se tenait derrière Guido pour ne pas aller trop vite. Mais elle a ensuite commencé à demander à ce que ses skis soient plus rapides. Elle voulait toujours aller plus vite.

«J’essayais de préparer les skis du mieux que je pouvais. Mais parfois, les skis n’étaient pas parfaits. Elle n’était pas contente et me disait: "Qu’est-ce que tu as fait à mes skis?" Il y a des gens qui ont des problèmes de couple et ont un coach de vie. Nous, on a embauché un technicien de fartage et ç’a sauvé notre mariage», dit à la blague Guido Visser.

Être maman athlète

Le couple a aujourd’hui deux enfants, un garçon de 7 ans et une petite fille de 3 ans. Ils reconnaissent que la conciliation carrière-famille n’a pas toujours été de tout repos.

«Quand elle faisait du biathlon, elle a tiré couchée jusqu’à sept mois de grossesse. Elle s’est entraînée jusqu’à une semaine avant d’accoucher. Elle a recommencé 10 jours après», explique Guido.

«Après mon premier accouchement, plutôt que d’aller m’échauffer, je rentrais pour allaiter mon garçon. Et, 10 minutes après, je sortais pour commencer la course. C’était complètement fou», souligne celle qui est aujourd’hui âgée de 43 ans.

Elle se souvient notamment d’une course au Vermont où elle n’avait pas dormi de la nuit, après avoir passé des heures à bercer sa fille qui souffrait d’une otite.

«Quand j’ai mis mes skis, j’ai fait le switch. OK, là, je suis l’athlète. Je n’ai pas le choix de gérer ça ainsi. J’ai finalement terminé 3e. Après, la maman était de retour.»

Même si ce n’est pas toujours facile, même s’ils sont loin de rouler sur l’or, ils sont persuadés qu’il y a plus d’aspects positifs que de négatifs à leur mode de vie.

«Il y a des parents qui voient leurs enfants quand ils prennent l’autobus le matin et les revoient seulement en soirée. Nous, ils embarquent dans l’autobus et quand ils débarquent de l’autobus à 15h, nous sommes là», affirme Guido Visser.  

«On réussit à couvrir nos frais de subsistance. Ce n’est pas le luxe, mais on fait une belle vie. On vit comme des pauvres, mais on voyage comme des riches», ajoute-t-il.

Vers 2022?

Jaqueline Mourao se fixe des objectifs réalistes. Elle sait qu’elle ne gagnera pas de médailles, mais si elle peut donner du fil à retordre à certaines skieuses, ce sera mission accomplie.

À 43 ans, la Brésilienne est encore et toujours passionnée par le sport. Impossible pour elle de dire aujourd’hui si elle se lancera dans un autre cycle olympique de quatre ans. Elle avoue cependant qu’une participation aux Jeux de 2022 aurait une saveur particulière.

Jaqueline Mourao a eu l'honneur d'être la porte-drapeau du Brésil à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Sotchi. (Photo: Getty Images/Paul Gilham)

«Après avoir fait les Jeux de Pékin en 2008 en vélo de montagne, retourner aux Jeux en Chine, cette fois l’hiver, serait spécial. Et cette fois, nos enfants pourraient nous accompagner», dit-elle.

À son arrivée à Pyeongchang, elle a reçu une vidéo des élèves de la classe de son fils afin de l’encourager. C’était le coup de pouce supplémentaire dont elle avait besoin pour être fin prête.

«C’était tellement émouvant. Je ne vous cacherai pas aussi que ça m’aide beaucoup à m’adapter à la société québécoise. Je suis immigrante, je suis Brésilienne, mais je me sens aussi Québécoise.»

Si la flamme est toujours bien vive dans leur couple, il ne faut pas s’attendre à de grandes festivités pour la Saint-Valentin cette année. L’épreuve à laquelle Jaqueline Mourao participe a lieu le lendemain, le 15 février.

«Ce sera un souper dans le village des athlètes, dans la cafétéria, lance Guido. Au Brésil, ça n’existe pas de toute façon. C’est le 12 juin.»

«Il faut qu’il soit vraiment doux avec moi parce que j’ai ma course le lendemain», ajoute Jaqueline, sourire en coin.

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